Avec Navidad, de Sebastian Lelio, nous partons pour le Chili, un 24 décembre. Alejandro et Aurora s’installent dans la maison de famille de la demoiselle pour passer Noël en couple. Mais entre
eux, l’ambiance est tendue. Alejandro, assailli par le doute et la jalousie, est même sur le point de repartir quand s’invite Alicia, une ado fugueuse. La rencontre entre ces trois êtres fragiles
va bouleverser leurs destins.
Des adolescents à l’heure des choix et des renoncements qui mutualisent leurs maux pour les soigner, voilà qui pourrait dégager un air de déjà-vu. Quelques productions hexagonales, souvent axées
sur de jeunes bourgeois parisiens, se sont déjà emparées du sujet. Pourtant, sur un canevas scénaristique connu, Navidad parvient à se distinguer avec grâce. Point d’intellectualisation forcenée,
ici, seulement de l’émotion délivrée avec une sincérité rafraîchissante. Et pour cause : confrontés à un scénario dénué de dialogues, les acteurs ont été poussés à l’improvisation. Dégagées de la
pesanteur des mots, qu’ils retiennent le plus souvent avec pudeur, leurs relations se nouent par des regards, des mouvements de la main, des frôlements, et ce tendre ballet procure au film une
incroyable douceur.
Navidad séduit également par son choix radical du huis clos, à forte portée symbolique dans le contexte chilien. Les jeunes gens ne quittent pratiquement jamais la maison, retirée sur les
hauteurs de la ville, dont ils n’aperçoivent que les lumières au loin. Là-bas, c’est la place des adultes. On les entend parfois au téléphone, mais ils n’apparaissent jamais, laissant ainsi le
champs libre à trois représentants de la première génération de l’après-Pinochet. Une génération qui peut se poser les questions de son âge en toute insouciance, et écouter du rock en goûtant un
joint et un verre de whisky. Une génération qui a droit à sa part de lumière, avec laquelle Sebastian Lelio joue d’ailleurs subtilement, pour rythmer son récit initiatique.
Quand Alejandro et Aurora s’attirent et se repoussent avant de se déchirer, c’est à la chaude lumière de l’été austral qu'ils le font, mais certains volets restent clos et sur leurs visages
apparaissent, matérialisées, ces zones d’ombre qui s’entêtent à les séparer. Puis arrive Alicia, et avec elle la nuit. A l’intérieur, la lumière est tamisée, chacun expose ses blessures, les
corps se rapprochent, et un jeu amoureux les entraîne vers une scène poignante de fusion et de séparation mêlées. Pour eux, tout s’éclaire alors. Au matin, ils peuvent enfin sortir et avancer à
la lumière du jour sur des chemins qu’ils ont chacun contribué à dessiner.
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